La rentrée 2006 en matière de Séries TV







EpidermiQ raconte


30/08/06 : La rentrée 2006 en matière de Séries TV

Ça y est, c’est la rentrée… ...virez Faf la rage !

On parle de beaucoup de choses sur EpidermiQ’, et s’il y a bien un sujet qu’on ne néglige pas c’est bien les séries TV. En effet, ici on considère bien qu’il s’agit là d’un art à part entière qui ne doit pas être ni dénigré, ni sous-estimé. Surtout maintenant qu’il semblerait de plus en plus que la production télévisuelle est en passe de sauver les meubles à Hollywood tout en rentrant enfin dans une ère de reconnaissance dans notre pays où le genre a souvent été fustigé. Par exemple, on reproche trop souvent aux séries de n’être que le parent pauvre du cinéma alors que les séries TV sont différentes même si elles intègrent dans beaucoup de leurs aspects les techniques et les moyens du cinéma...

Mais les séries TV ne sont pas des films à rallonge découpés en nombreuses parties pour des raisons aussi évidente que la différence de narration entre les 2 : une série dure dans le temps contrairement à un film, il y a aussi une différence technique toute bête mais qui compte (24 images/sec pour le cinéma et 25 pour la TV). De plus, il y a une différence de démarche entre un spectateur qui se déplace dans une salle de cinéma et un téléspectateur qui prend un « rendez vous » toutes les semaines avec sa fiction. Les séries TV perdront sûrement leur mauvaise image lorsque la majorité du public les percevra comme un art à part entière, et pas comme un ersatz de cinéma à la télé. Et EQ’ milite pour la reconnaissance des séries, derrière des sites comme le Front de Libération Télévisuelle. Pour s’en convaincre il suffit de parcourir le forum pour lire les nombreux sujets sur les bonnes séries TV à voir en ce moment.

- Prison Break : la nouvelle série évènement sur M6 à partir de jeudi 31
- LOST : la saison 2, en ce moment tous les samedi soirs sur TF1
- Desperate Housewives : la saison 2 sur C+à partir du 7 septembre
- Nip/Tuck et sa saison 4 normalement en janvier 2007 sur Paris Première
- ALIAS : saison 5, bientôt sur Téva
- Veronica Mars : bientôt sur France 2
- Urgences saison 12 sur France 2 début septembre
- Six Feet Under saison 4 et West Wing saison 3 sur France 4
- Ou encore The Unit à découvrir prochainement ou encore Dr. House… Sans oublier des topics traîtants des vieux classiques, style Les Envahisseurs, 21 Jump Street ou Les Tripods… Et bien d’autres sur le forum consacré au séries.


Et pis pour continuer sur la lancée, vous pourrez lire ici même un article (prévu à la base pour le N°9 du défunt magazine SERIES MAX) écrit par notre bon Tonnerre de Brest qui analyse les différences entre roman, cinéma et série TV avec l’exemple de DEAD ZONE :



Un roman, un film, une série par Tonnerre de Brest


Trois formes de narration artistique. Quand bien même les trois œuvres évoqueraient le même sujet, elles ne raconteraient pas exactement la même chose. La spécificité de leur art les entraîne sur des terrains différents. La série The Dead Zone doit se démarquer de deux antécédents majeurs : le roman fondateur de Stephen King (1979) dont elle est tirée, et le film de David Cronenberg (1983). Le cinéaste canadien, fasciné par la métamorphose monstrueuse des corps, a trouvé dans le roman de King une matière propre à alimenter son travail d’auteur. Il se l’est réapproprié pour réaliser un film d’anthologie.
La série doit avant tout tenir compte de sa nature. Elle s’étire sur le temps en plusieurs épisodes : œuvre en devenir jusqu’au moment où elle trouvera un terme, alors que le roman et le film s’imposent comme des oeuvres achevées et définitives. Audacieuse gageure pour ses créateurs, Michael et Shawn Piller, obligés de s’adonner à un jeu de miroir qui s’inspire du roman et du film à la fois, tout en trouvant leur voie propre. Le film condense le roman pour en soutirer la substance, la série en prolonge les potentialités.

L’œuvre de King, entre politique, métaphysique, surnaturel et horreur, opère un douloureux constat de la déliquescence de l’Amérique. Comment adapter cette richesse thématique autrement ? Par une condensation des personnages et des situations. La série mélange le mari de Sarah, Walter Hazlett, au shérif Bannerman, créant le personnage de Walter Bannerman.
Le roman s’inscrit très précisément dans l’Histoire : Le politicien Greg Stillson, inspiré de personnages réels, rend plus grave la menace. A contrario, Cronenberg rend son film atemporel, sans référence à l’actualité, scandant l’histoire par des paysages enneigés : l’hiver de l’Amérique telle une éternelle mise en garde. Or, une série traitant du monde contemporain se met généralement en phase avec l’Histoire pour faciliter l’identification du téléspectateur. Ainsi, après 6 ans de coma, John est-il mis au courant de tout ce qu’il a manqué. Dead Zone

Michael et Shawn Piller réussissent néanmoins l’exploit de se réinscrire dans le contexte du roman. John révèle au docteur Weizak que sa mère a survécu aux massacres de Varsovie, pendant la seconde guerre mondiale : élément que reprend le film. Ne pouvant remonter aussi loin dans l’histoire, Les Piller retrouvent la guerre du Vietnam évoquée par King. Weizak devient un neurologue vietnamien persuadé que sa mère n’a pas survécu à la chute de Saigon. Les visions de John le replongent assez précisément à l’époque où débute le roman.
En revanche la série ne retient du personnage de Stillson que le fou mégalomane. Plus radical, King en fait un nazi, secondé par une parade de gardes du corps motorisés nostalgiques du 3eme reich. « Les américains étaient peut-être mûrs pour le décorum fasciste », songe John. Le film, allusif, montre dans un précipité saisissant Sonny Elliman, le bodyguard de Stillson, vêtu d’une gabardine digne de la gestapo, et dans la chambre de Stillson président, un bas relief mêlant le faucon américain à l’iconographie nazie.
John, lui, est marqué par la destinée. Il joue à la roue de la fortune à la fête foraine avant son accident : à son attitude inquiétante du livre répond, dans la série, son reflet dans la glace et, à son réveil, la télévision diffusant la roue de la chance : il a scellé involontairement son avenir en laissant Sarah chez elle après la fête.

King lie irrémédiablement le destin de Smith et Stillson. John, 6 ans, tombe en faisant du patin à glace à reculons. Stillson, 22 ans, vend la « Bible, revue et corrigée par les préjugés nord-américains », et le best-seller « La Conspiration judéo-communiste contre nos Etats-Unis ». Le jeune sadique va "à la rencontre de son destin". A la rencontre de John Smith. Deux destins longtemps parallèles qui finiront par se rejoindre. John le subit, Stillson le provoque. Cronenberg utilise le jeu halluciné de Martin Sheen pour le mettre en exergue : « cette nuit j’ai su que je devais me lever pour que mon destin s’accomplisse », clame-t-il avant l’apocalypse.

Chez King, leur rencontre finale est le choix de John. La série, comme le film, utilisent la participation de Sarah à la campagne électorale comme élément de fatalité qui le ramène vers son alter ego maléfique. Car si John a des visions, Stillson est visionnaire : « j’ai eu une vision, je vais devenir président des Etats-Unis un jour », martèle-t-il dans le film. John, qualifié de Docteur Jekyll et Mister Hyde par Sarah dans le roman, doit détruire le mal, quitte à l’incarner : il se voit dans la peau du tueur en série, en éprouve la culpabilité. Quand John serre la main de Stillson, King écrit : « L’instant s’éternisa. Temps suspendu pendant qu’ils ne se quittaient pas des yeux. Johnny prisonnier d’un corridor sans fin. Stillson à ses côtés, ils partageaient… Ils partageaient quoi ? Tout ! ». La nécessité pour John de s’annihiler en le tuant. Il reconnaît l’aspect biblique de son destin dans le livre, non comme une croyance religieuse, mais un refus du hasard. « Rien dans la nature n’est le fait du hasard », renchérit-il dans la série. .Christophen Walken

Reste le traitement des visions. Dans le film, John en est le spectateur. Dans le roman et la série, il en est également l’inquiétant acteur. L’arrivée des trucages types « Matrix » donnent leur singularité à la série : la suspension du temps permet à John de se promener à l’intérieur des visions. Le morphing lie réalité et clairvoyance. Le montage montre alternativement John en dehors et en dedans de la vision : des acteurs différents endossent alors le même rôle, etc.

A la foison du récit de King, Cronenberg oppose un film aux transitions rapides, aux allusions visuelles ouvrant des abîmes de références. Son écriture cinématographique dense et forte, limitée dans le temps, explore la puissance et la profondeur de l’image pour en revenir à son thème : comment assumer la transformation du corps. Les Piller usent des atouts spécifiques à une série : le combat Smith/Stillson devient la trame « mythologique » entre chaque épisode déclinant les façons de mettre en scène les pouvoirs de John. Anthony Michael Hall ressemble fortement à Christopher Walken, John Smith dans le film. Moins inquiétant, sans satisfaction devant le sort que s’inflige le tueur. Mais au regard aussi bleu que noir dans le pré-générique.
Il campe un Smith dont l’enfant est élevé par un autre. Le fils de Sarah n’est pas de John dans le roman et le film. Mais King ayant écrit : « la fille que j’aimais s’est mariée. Elle a un fils qui devrait être le mien… », Michael et Shawn Piller exploitent judicieusement ce potentiel sentimental essentiel, tant le roman comme le film racontent en dernier lieu une histoire d’amour gâchée par l’injustice de la vie, se terminant sur un accent profondément tragique. Reste à savoir comment ils boucleront la boucle : John tuera-t-il ici aussi Stillson pour sauver l’humanité, au grand désarroi de celle qu’il aime ?

« Le media est le message », disait McLuhan, sociologue qui étudiait le domaine médiatique. Voilà pourquoi trois supports artistiques créent trois media singuliers, trois John Smith différents. Une troisième saison peaufine la dernière version.


Guigui & Tonnerre de Brest



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